jeudi 26 mai 2011

Une étude sur la description du japonais (troisième et dernière partie), par Kevin Deturck, Maiol Gispert Garetta, Paul-Eric Langevin, Fabien Andreani, Celia Bernardini et Mouloud Hira

Une étude sur la description du japonais (troisième et dernière partie)

Par Kevin Deturck, Maiol Gispert Garetta, Paul-Eric Langevin, Fabien Andreani, Celia Bernardini et Mouloud Hira

MORPHOLOGIE

1) La morphologie verbale

Nous avons vu les verbes suivants en japonais :

nemuru : dormir 
manabu : étudier 
iru : être 
miru : regarder 
iku : aller 
taberu : manger 
ot$iru : tomber           

Pour les verbes en japonais, nous avons considéré que la forme de citation était en –u.

Nous avons rencontré plusieurs morphèmes flexionnels, correspondant à ce que nous appelons en français la conjugaison des verbes. Nous avons remarqué que les verbes en japonais ne s’accordent pas ni en genre ni en nombre avec son sujet. Seule la terminaison du verbe indique le temps utilisé (nous n’avons pas rencontré d’auxiliaire).
                                                                                                                     
                                               
-          Présent :

Base verbale + -u                               forme du présent simple (forme de citation supposée)

Base verbale + (t)teiru                       forme du présent progressif

Exemple  : « Akiko est en train de dormir »
                       [Akikowanemutteiru]

Hypothèse : Le progressif se crée en substituant la dernière syllabe du verbe par une terminaison déterminée, dans notre cas [-tte], suivi du verbe [iru] ou « être » déjà mis en évidence.


- Impératif :

Base verbale + -e ou  + -o (allomorphie)

Exemple (b) : « Dors ! »
                       [nemure]  

Exemple (c) : « Regarde ! »
                       [miro]


La forme de l’impératif nous a permis d’en déduire qu’il existe des catégories de verbes en japonais qui, peut-être, correspondent aux groupes de verbes en français. Vraisemblablement, les verbes nemuru et miru ne sont pas de la même catégorie car leur impératif donne respectivement nemure et miro.                                                                                                              

-          Passé :

Nous avons remarqué aussi une variation selon les verbes pour la forme du passé, les verbes miru et manabu donnant respectivement mita et mananda.     

Exemple (a) : « Akiko a vu un garçon »
                        [Akikowa$O:nEmOmItA]

Exemple (b) : « J’ai étudié »
                      [watA$IwAmananda]
           

Ainsi deux terminaisons nous sont apparues selon les verbes :

-ta et –nda

A nouveau, cela permet de formuler l’hypothèse de l’existence de catégories verbales en japonais.



-Négation:

Est suffixé à la base verbale (déterminée via la forme de citation du verbe) soit le morphème
 -nai (-anai si précédé d’une consonne) pour une négation au présent :

Exemple (a) : « J’étudie »
                       [wata$Iwamanabu]

Exemple (b) : « Je n’étudie pas »
                      [watA$IwAmanabanai]

soit le morphème –nakatta (-anakatta si précédé d’une consoone) pour une négation
au passé :

Exemple (a) : « J’ai étudié »
                      [watA$IwAmananda]

Exemple (b) : « Je n’ai pas étudié »
                       [watA$IwAmanAbAnAkatta]


-Présent Progressif:

En ce qui concerne le présent progressif, la forme en –teiru impose au verbe qui précède une assimilation en transformant la consonne précédente en «t» comme dans nemutteiru.
On peut determiner une formation de cette forme pour une substitution de la dernière syllabe du verbe par la terminaison -tte suivie du verbe “iru” (“être”), comme en anglais ou espagnol

Ex:
                       [Akikowanemutte+[iru] ]« Akiko est en train de dormir »

Formes verbales étudiés – Tableau récapitulatif


verbe
passé
impératif
Neg.présent
Neg.passé
Prés.Prog
nemuru
nemutta
nemure
nemuranai
nemuranakatta           
nemutteiru
manabu
mananda
manabe
manabanai
manabanakatta

Miru
mita
miro
minai
minakatta

Iru
ita

inai
inakatta

Iku

ike
ikanai
ikanakatta













2)      La Morphologie nominale

Les Noms

Les noms, tout comme les verbes, n'ont pas de morphème ni de genre, ni de nombre. Nous avons trouvé, néanmoins, à partir du lexique étudié (cf. plus bas) certaines régularités morphologiques dans les substantifs se référant aux humains :

-$o :dzo = fille, $o :nem = garçon                                                                                          
 D’où l’on déduit que le préfixe «$oo-» signifierait «enfant».
-dzose := femme, danse : = homme
 D’où l’on déduit que le suffixe «-se :» signifierait «adulte».
-$o :dzo = fille, dzose : = femme 
D’où l’on déduit que la forme «dzo» signifie «féminin».

Les Pronoms

Cf. liste des pronoms dans le lexique à la fin de la séquence
           
Contrairement aux noms, nous avons vu que les pronoms opèrent une distinction morphologique pour le nombre :                                                                                                         

Deux formes possibles observées pour le pluriel :
   Base nominale + tat$i
   Base nominale  + ra

Il semble qu’il n’y ait pas de distinction sémantique entre les deux formes mises en évidence. Cependant, l’utilisation des deux formes n’est pas systématique : des pronoms sont complétés plus souvent par –ra, d’autres par –tat$i mais certaines utilisations semblent inexistantes.

En plus, nous avons remarqué que la forme de 1ère personne pluriel se forme en japonais avec une simple ajout du suffixe de pluriel -tat$i à la forme du pronom singulier “watA$i”, fait qui contraste avec d'autres langues comme le français, qui ont des formes bien distinctes.

D’autre part, nous avons remarqué une opposition de genre entre le pronom de 3ème personne kare = il, lui, et kanodzo = elle. La forme ka- est commune aux deux pronoms.

 Enfin, la particularité du japonais est d’utiliser des pronoms différents selon l’âge et le sexe de la personne, on n’emploie donc pas les mêmes pronoms si la personne est jeune, d’âge moyen ou d’âge mûr, si elle est de sexe masculin ou féminin. Par exemple, pour dire «je», un petit garçon dira «boku» alors qu’un jeune homme dira «wata$i». 

--- Morphologie casuelle --- (noms et pronoms) 

Les noms et les pronoms reçoivent une marque casuelle par suffixation décrite ci-dessous selon les cas repérés en japonais :


-Nominatif : deux marques (nous n’avons pas éclairci la distinction entre les deux)

-ga
            
Ex:[Hongaot$Iru] “Le livre tombe”
Le livre nom.  tomber présent

-wa

Ex:[Akikowamanabu] “Akiko étudie”
Akiko nom. étudier présent

-Accusatif : -o

Ex: [Akikowa$O:nemomIru] “Akiko voit le/un garçon”
Akiko nom  garçon  acc.  voir present

-Génitif (Complement du nom):
-no
             
ex: [$O:nEmnohOm]             “le livre du garçon”
garçon. comp.n  livre

 La Coordination 

(se référer au lexique pour la liste des coordonnants)    
                         
Coordination des noms (et | ou )

La particule est placée entre les noms qu’elle coordonne.

Exemple  : « Akiko et Kevin étudient »
                      [AkikotokEbimwamanabu]

! Pour les ces groupes coordonnés, la marque casuelle est suffixée à l’ensemble et s’applique ainsi à la totalité du groupe nominal.
        
Coordination des verbes (et | ou | mais)

La particule est placée entre les verbes qu’elle coordonne.

Exemple : « Akiko dort ou étudie »
                      [AkikowanemurukAmanabu]

!  On a observé qu’il n’est pas possible de dire « Akiko étudie ou dort » mais l’inverse est possible. La raison d’une telle impossibilité reste encore floue.

Cas d’allomorphie de la preposition dans

On suffixe au nom auquel est liée la preposition :
        
         soit –ni

Exemple : « Je suis dans le temple »
                       [watA$IwAterAniiru]

         soit –de

Exemple : « Je dors dans la maison »

[watA$IwAIEdEnemuru]

On peut supposer que [ni] et [de] sont des allomorphes de marqueur locatif en japonais car les formes erronées en [ni] ou [de] nous donnent malgré tout accès à la compréhension de la phrase. [ni] indiquerait un état tandis que [de] indiquerait plutôt le lieu d’une action.

LEXIQUE

« Bonjour »                ohaio(gozaimas) J

Liste des noms rencontrés :

«Garçon(s)»                [$O:nEm]
«Fille(s)»                    [$O:dZo]
«Enfant(s)»                [kodomo]
«Homme(s)»               [dAnse:]
«Femme(s)»                [dZose:]
«Akiko» (Prénom)      [Akiko]
«Professeur»               [Sense:]         
« École »                     [gakko:]
« Temple »                  [tera]
« Maison »                  [ie]
« Classe »                   [kyo:shitsu]
« Livre »                     [HOm]
« Chien »                    [inu]
« Pomme »                 [rIngo]
« Riz »                                    [koMe]

Liste des adjectifs et adverbes rencontrés :
« Stupide »                 [oroka]
« Intelligent »                         [ka$ikoi]
« Extérieur »               [soto]
« Souvent »                [yoku]

Liste des conjonctions de coordination rencontrées :

« Et »                          [to]
« Mais »                      [ga]
« Ou »                        [ka]

Liste des nombres rencontrés :
« Un »                        [it$i]
« Cinq »                                 [gO]     
« Sept »                      [nAna]

Liste des pronoms :

Français
Singulier
Pluriel 1
Pluriel 2
«Moi» (Normal)
[watA$i]
[watA$(i)tat$i]
[watA$ira]
«Moi» (Garçon)
[boku]


«Toi/Vous»
[anAta]
[anAtatat$i]
[anAtara]
«Lui»
[kAre]
  / (ne s’utilise pas)
[kArEra]
«Elle»
[kAnodZo]
[kAnOdZOtat$i]
[kAnOdZOra]
« It »
[sorE]



                                                          

Compte-rendu de phonétique par Paul-Eric Langevin et Fabien Andreani


Analyse phonétique d’un extrait sonore:La logique du vivant, François Jacob rencontre Claude Levi-Strauss


Transcription de l’extrait sonore en texte :

François Jacob : «Alors on pourrait p’t-être croire que nous avons souvent ce genre de discussion tous les deux puisque nous appartenons à une même institution, l’Collège de France et que cette institution a la vertu de permettre les échanges, de permettre à chacun d’y m’ner c’qu’il considère comme sa discipline aussi loin qu’il, qu’il le peut ou qu’il le veut et en fait rien n’est plus faux car on n’se rencontre que très rarement , on n’a que très rarement l’occasion de discuter certains des problèmes qui certainement nous intéressent tous les deux et je n’crois pas d’ailleurs que la présence des caméras d’télévision facilite les échanges… »

Claude Levi-Strauss : «Il y a quelque chose de paradoxal enfin dans cette rencontre qui a été provoquée aujourd’hui précisément parce que elle tend probablement ou elle vise j’imagine dans l’esprit des organisateurs à donner aux téléspectateurs l’impression de ce que sont les rapports de chercheurs et d’intellectuels et en effet comme euh vous dites euh disons ça n’est malheureusement euh pas le cas et je ne sais pas très bien pourquoi en réalité euh parce que j’imagine enfin nous sommes plus ou moins intimidés euh par les spécialités les uns les autres… les uns des autres et du fait que nous nous trouvons dans une maison où un grand nombre de spécialités différentes se trouvent réunies ce qui devrait faire sa force fait peut-être sa faiblesse… »   

Transcription du texte en phonétique 

F.J. :

[alɔʁɔ̃puʁɛptɛtʁkʁwaʁkənuzavɔ̃suvɑ̃səʒɑ̃ʁdədiskysjɔ̃tuledøpyiskənuzapaʁtə nɔ̃aynmɛmɛ̃stitysjɔ̃lkolɛʒdəfʁɑ̃sekəsɛtɛ̃stitysjɔ̃alavɛʁtydəpɛʁmɛtʁaʃakɛ̃dimnes kilkɔ̃sidɛʁkɔmsadisiplinosilwɛ̃kilkiləpøukiləvøeɑ̃fɛtʁiɛ̃nɛplyfokaʁɔ̃nsəʁɑ̃kɔ̃tʁkə tʁɛʁaʁmɑ̃ɔ̃nakətʁɛʁaʁmɑ̃lokazjɔ̃dədiskytesɛʁtɛ̃depʁoblɛmkisɛʁtɛnmɑ̃nuzɛ̃te ʁɛstuledøeʒənkrwapadajœʁkəlapʁezɑ̃sdekameʁadtelevizjɔ̃fasilitlezeʃɑ̃ʒ…]

C.L.S. :                                                                                                                                  
[iljakɛlkəʃozdəpaʁadoksalɑ̃fɛ̃dɑ̃sɛtʁkɔ̃tʁkiaetepʁovokeoʒoʁdwipʁesizemɑ̃ paʁsəkəɛltɑ̃pʁobabləmɑ̃uɛlvizʒimaʒindɑ̃lɛspʁidezɔʁganizatœʁadɔneotele spɛktatœʁlɛ̃pʁɛsjɔ̃dəsəkəsɔ̃leʁapɔʁdəʃɛʁʃœʁedɛ̃tɛlɛktyɛleɑ̃nɛfɛkɔmøvuditø dizɔ̃sanɛmaløʁøzmɑ̃øpaləkaeʒənəsɛpatʁɛbjɛ̃puʁkwaɑ̃ʁealiteøpaʁsəkəʒima ʒinɑ̃fɛ̃nusɔmplyzumwɛ̃zɛ̃timideøpaʁlespesjalitelezɛ̃lezɔtʁlezɛ̃dezɔtʁedyfɛtkə nunutʁuvɔ̃dɑ̃zynmɛzɔ̃uɛ̃gʁɑ̃nɔ̃bʁədəspesjalitedifeʁɑ̃tsətʁuvʁeynisəkidəvʁɛ fɛʁsafɔʁsfɛpøtɛtʁsafɛblɛs…]  

Observations sur la prononciation des consonnes et des voyelles :                                                              

En ce qui concerne le tour de parole de François Jacob, le mot «peut-être» est réalisé sous la forme «p’têtr’» ; en ce qui concerne «le Collège de France», c’est réalisé sous la forme «l’Collège de France» ; le verbe «mener» est prononcé «m’ner», la locution «ce qu’il considère»  est prononcée «c’qu’il considère» ; le «qu’il» avant «qu’il le peut ou qu’il le veut» est réalisé deux fois, sans doute à cause d’une hésitation du locuteur ; «on ne se rencontre» est réalisé sous la forme «on n’se rencontre» ; « je ne crois pas» sous la forme «je n’crois pas» ; «caméras de télévision» sous la forme «caméras d’télévision» ; une des occurrences du mot «institution» est prononcée avec un «in» long ; de plus, il y a de temps en temps des pauses dans le discours : dans «en fait rien n’est plus faux» il y a une pause après «en fait», dans «et je ne crois pas d’ailleurs» il y a une pause après «et», dans «et que cette institution», une pause après «que».             
  Globalement, Jacob ne prononce pas les «schwa» et fait de temps en temps des pauses entre les mots pour rendre son discours plus clair.                                 

En ce qui concerne le tour de parole de Claude Levi-Strauss, certains «schwa» sautent de la même façon : «ça n’est pas le cas» est réalisé sous la forme «ça n’est pas l’cas», «ce qui devrait faire sa force» est prononcé «c’qui d’vrait faire sa force», «je ne sais pas très bien pourquoi» est prononcé «je n’sais pas très bien pourquoi». D’autres part, une caractéristique de ce locuteur est de rajouter des «euh» dans le discours pour prendre le temps de la réflexion et de prolonger certains «schwa» déjà présents. En effet, on a «comme, euh, vous dites, euh, disons ça n’est malheureusement, euh, pas le cas… », «elle vise, euh, j’imagine…». Certaines voyelles sont des variantes de la prononciation courante comme dans «maison» qui est réalisé sous la forme «méson», certaines consonnes sont omises ou bien rendues muettes, comme dans «intellectuels» qui est réalisé sous la forme «inte’ectuels». Globalement, il y a peu de pauses chez Levi-Strauss contrairement au discours de Jacob mais par contre, on a la présence de nombreuses hésitations du type «euh» dans le discours. 

En ce qui concerne les répétitions et les lapsus, nous avons la répétition de «qu’il» chez François Jacob, qui marque manifestement la réflexion, ainsi que la répétition et la correction du syntagme «les uns les autres» chez Claude Levi-Strauss qu’il corrige en «les uns des autres». D’autre part, l’hésitation avant de prononcer le mot «téléspectateurs» fait penser qu’il a voulu sans doute dire «spectateurs» puis qu’il s’est corrigé par la suite.                

Observations prosodie :

Dans le discours de François Jacob, des tons hauts sont présents en général en fin de proposition ou en fin de syntagme comme dans «on pourrait peut-être croire» où il y a un ton haut sur le verbe «croire», dans «institution» où il y a un ton haut sur la syllabe «tion», dans «qu’il le peut ou qu’il le veut» où il y a un ton haut sur chacun des verbes «peut» et «veut», dans «et en fait» où il y a un ton haut sur «fait», dans «on ne se rencontre que très rarement, on n’a que très rarement…» où il y a un ton haut sur «ment» dans les deux cas, dans «le Collège de France» où il y a un ton haut sur le mot «France».

 Dans le discours de Claude Lévi-Strauss, on a le même phénomène à savoir des tons hauts souvent en fin de syntagme ou de proposition comme dans «paradoxal» où il y a un ton haut sur «xal», dans «elle tend ou elle vise» où il y a un ton haut sur chacun des verbes «tend» et «vise», dans «aujourd’hui» où il y a un ton haut sur «hui», dans «organisateurs» où il y a un ton haut sur «teurs», dans «intellectuels» où il y a un ton haut sur «tuels», dans «je ne sais pas très bien pourquoi» où il y a un ton haut sur «pourquoi», dans «nous sommes plus ou moins intimidés» où il y a un ton haut sur «intimidés», dans «ce qui devrait faire sa force fait peut-être sa faiblesse» où il y a un ton haut sur «force» et un sur «fai», dans «maison» où il y a un ton haut sur «mai».    

François Jacob

Sur les voyelles. Un premier fait notoire est l’absence de prononciation de certains «e» qui pourtant ne sont pas muets. Ce phénomène, s’il est prédominant, n’est pas systématique. L’on entend par exemple le locuteur prononcer le «e» de certains mots à d'autres endroits,  de façon relativement claire et prolongée (c’est-à-dire plus «continue»). 

Une autre remarque qui peut être émise sur la prononciation des voyelles est la tendance systématique à réduire tous les «a» à des voyelles plus arrières (plus postérieures) ce qui donne à entendre que des «a» tels qu’ils sont prononcés dans le mot «pâte». 

A noter que l’interjection «euh», parfois, est prononcée en cas d’hésitation (mais de façon moins intensive que chez Claude Levi-Strauss).

Sur les consonnes. Une des caractéristiques a trait aux occlusives dont la phase explosive est particulièrement marquée ; au moment où les articulateurs - précédemment en contact - se disjoignent, on entend avec netteté la consonne prononcée. 

Sur la prosodie. Débit et rythme sont variables. Les hésitations, pendant lesquelles le nombre de voyelles prononcées diminue, correspondent à un débit plus faible. Mais parfois, le locuteur semble ralentir volontairement son débit de parole. Quand de cette façon le débit chute, c’est à la faveur d’une prononciation plus sûre avec un effort articulatoire accru, donnant l’impression que le locuteur cherche à attirer notre attention sur tel point du discours.   
La fonction émotive du langage n’est pas mise en jeu. Parmi les variations prosodiques remarquées, visiblement aucune n’est à mettre sur le compte d’une quelconque émotion qu’éprouverait le locuteur et qui transparaîtrait à ce niveau. Ou bien faudrait-il considérer qu’une certaine lassitude ou qu’une suffisance du locuteur soit à l’origine de cette stabilité de ton. Mais dans l’ensemble c’est plutôt la neutralité qui domine.

Claude Lévi-Strauss

Sur les voyelles. A la différence de François Jacob, Claude Lévi-Strauss n’omet pas de prononcer la voyelle «e», appuyant même parfois certains «e» muets.
L’autre particularité est l’allongement de certaines voyelles, comme le «i», principalement pour insister sur la valeur particulière du mot en question. 
Il faut noter que tous les «a» prononcés le sont à la façon d’un «a» postérieur (le «a» de pâte).

Sur les consonnes. Il y a une insistance sur certaines consonnes occlusives dont la phase explosive est alors très nette. 
Un phénomène particulier (accidentel?) intervient lors de la prononciation du mot "intellectuel" dont le « -ll- » n’est pas prononcé ou si faiblement qu'il est presque indiscernable (son "mouillé").